Les Mares - Les Lavagnes

L’eau est très rare à la surface des plateaux calcaires comme ici sur le causse du Larzac. Toutes les possibilités d’en collecter et d’en conserver sont bienvenues. Les lavognes, ou lavagnes, font partie des nombreuses astuces que les humains ont mises au point dans ce but.

Une lavogne ou lavagne désigne une petite dépression aménagée par l'Homme sur les causses pour collecter l'eau de pluie et abreuver le bétail voire lui-même, à une époque plus ancienne. Appelées sotchs ou dolines, ces excavations naturelles ont été étanchées par un tapis argileux destiné à capter et à retenir les eaux de ruissellement, puis pavées de pierres calcaires afin que les onglons des brebis ne percent pas la couche d'argile. Les lavognes étant essentiellement alimentées par les eaux de pluies et de ruissellement, leur niveau varient en fonction des saisons.

Le terme résulte d'une francisation du terme occitan [laβaɲo] (lavanha en graphie normalisée occitane, lobógno en graphie moderne occitane).

Au Ier siècle , Marcus Terentius Varro préconisait déjà ce mode de construction dans les régions dépourvues d'eau (André Fages, La Quête de l'eau du Néolithique... à nos jours, Los Adralhans).

Par définition, les lavognes sont artificielles. Il est pourtant très rare qu’elles aient été creusées dans leur totalité car les quantités de matières à enlever sont énormes et les sols de calcaire durs, surtout au regard des moyens de terrassement disponibles aux époques parfois reculées auxquelles les lavognes ont été mises en eau. La plupart du temps il s’agit de creux naturels réaménagés : le fond est parfois caladé, et il est toujours étanchéifié (généralement à l’argile) pour tenir l’eau le plus longtemps possible. Certaines lavognes ont été installées dans des ouvertures d’aven, que les agriculteurs n’aiment jamais bien laisser ouvertes à l’air libre, et qui leur fournissent ainsi un bel entonnoir précreusé. La démarche consiste à construire une voûte pour boucher l’aven, puis à recouvrir le tout de cailloux, de terre et enfin d’argile, et le tour est joué. Mais on connait des cas d’effondrement intempestif de lavognes dans les avens qui les ont accueilli, méfiance ! (Merci à Marc Lemonnier)

Elles nécessitent toutefois de l’entretien pour rester efficaces : en cas de saison sèche, le niveau de l’eau baisse  et peut parfois totalement disparaître. L’argile se retrouve à nu et sèche en se rétractant, ce qui réduit la perméabilité et donc l’efficacité de la lavogne. Autrefois, les sabots des bêtes s’abreuvant permettaient de remettre à plat l’argile et la rendre bien lisse. Mais avec l’arrivée progressive de l’eau courante, les lavognes se détériorent si l’agriculteur ne fait pas lui-même le travail de ses bêtes. Ces mares deviennent alors poreuses et sont rattrapées par la nature.

Pourtant, avec leur forme ronde, les lavognes sont des oasis et des berceaux de vie pour la faune : les grenouilles, les insectes ou encore les oiseaux s’y retrouvent.

Le Dossier Technique du PNR GC

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